Pourquoi donc voudrait-on refuser la PMA, franchement ?

Octobre 2019, rebelote, la Manif pour Tous retourne dans la rue pour protester contre l’ouverture de la PMA aux couples de femmes.
Avec cette protestation, comme lors de la précédente en 2013, vient son lot de messages haineux et moqueurs en réaction, qui finissent d’enfermer les conservateurs dans un espèce de cliché de réacs qu’on n’a pas besoin d’écouter. Cela devrait faire se questionner les intéressés sur la pertinence de la démarche, tout le monde le dit : la manif montre certes qu’ils existent, mais ne permet pas de faire entendre leurs arguments. Le problème c’est que réfléchir, ça consomme du glucose, et le glucose, c’est pas gratuit, alors que taper un peu sur le patriarcat, c’est toujours sympatoche pour passer une bonne soirée entre amis.

Trêve de critique. Il y en aurait donc, des arguments ? Ah mais moi je pensais juste que des gens rétro avaient peur d’évoluer. Détrompe toi, il en existe. Essayons de clarifier sur quelles divergences d’idées se fonde l’acceptation comme une évidence d’une part, le refus comme une aberration d’autre part, de la PMA.

Sur la Procréation Médicalement Assistée en général

A la base de la divergence, rappelons la différence de paradigme gauche/droite sur la façon de gérer l’inégalité dans la vie.
A droite, on est plutôt : « La vie est injuste ? Je sais. Et alors ? Relève toi, et bats-toi si tu veux survivre. » On se place dans un contexte d’évolution Darwinienne, où, quelque soit ton point de départ, tu dois courir ou mourir. Et même si tu peux chercher à bien t’entourer, c’est avant tout sur tes propres forces que tu dois compter.
A gauche, on est plutôt : « La vie est injuste ? Dénonce-le, et le groupe viendra t’aider à combattre l’injustice. » On se place dans un contexte ou le groupe a une volonté propre de tendre vers l’égalité, et où l’aide vient des autres.

Appliquons cette différence de paradigme au problème du couple infertile. A droite, réponse évidente : « Vous n’êtes pas adaptés à porter du fruit par la procréation, c’est comme ça. Trouvez un autre moyen de le faire, adoption, engagement autre, etc… ». Alors oui petite parenthèse jargon: porter du fruit c’est une expression catho qui regroupe un savant mélange d’être utile à quelque chose, de s’accomplir personnellement et d’être reconnu par les autres et le groupe, plus une éventuelle dimension spirituelle.
A gauche, réponse tout aussi évidente : « Vous avez un handicap par rapport à la moyenne des couples ? Aucun problème, un médecin et des moyens matériels vont venir vous aider. » Après tout, pourquoi vivre dans une société riche si ce n’est pour mieux pallier aux handicaps des gens.

On en arrive donc à une première critique qu’un penseur de droite peut faire à cette réflexion de gauche : S’agit-il d’un handicap ? C’est une des problématiques fondamentales du transhumanisme, celle de trouver la limite entre l’humain réparé et l’humain augmenté.
Être contre la PMA, c’est donc déjà refuser de négliger cette question philosophique. Puis, de considérer que la PMA qui se présente comme un remède au handicap est un socle qui, une fois institutionnalisé, ouvre la porte à la procréation d’humains augmentés. Bien entendu, il ne s’agit que d’un risque, risque que les opposants à la PMA ne sont pas prêts à prendre pour résoudre seulement le problème de l’infertilité quand ils y voient d’autres solutions moins risquées (notamment l’adoption).

Sur son ouverture aux couples de femmes

Seconde parenthèse jargon: j’utilise le mot couple dans son sens appauvri commun, je sais que d’autres auraient préféré le terme paire de femmes, mais que voulez vous, la bataille sur les définitions a été perdue en 2015.

Mais enfin, qu’est-ce que ça peut faire que les deux membres du couple soient des femmes ? Cela rajoute une deuxième opposition des façons de penser entre droite conservatrice et gauche progressiste.
A droite, on considère que les gens agissent dans leur vie selon une stratégie. Les gens doivent réfléchir à ce qu’ils veulent faire et être, et choisir en fonction de ça les actions qui vont les rapprocher de leur but. On résume souvent ceci par l’expression « se donner les moyens ».
A gauche, on considère que les gens n’ont aucun (ou peu de) pouvoir de décision sur leur vie, parce qu’ils sont essentiellement produits par conditionnement social, systémique. Réfléchir à des stratégies est donc absurde. Ils vivent donc en opportunistes, saisissant les occasions qui se présentent de s’orienter vers ce qui leur plaît. La droite résume ça péjorativement par l’expression « se laisser aller« . L’avantage principal est que la charge mentale est bien moindre, mais évidemment, cela peut engendrer des comportements irrationnels, et peut aussi empêcher l’individu d’accéder à ses désirs profonds s’il considère qu’ils sont de toutes façons hors de portée.

Donc il y a une deuxième incohérence pour la droite quand elle entend une lesbienne parler de désir d’enfant : il y a incohérence stratégique ! Si tu veux un enfant, ne deviens pas lesbienne. Apprends à classer tes désirs entre l’enfant et ta partenaire, et agis en conséquence. Pour la gauche, il n’y a pas de problème, c’est seulement le cadre légal qui reste encore une barrière, qu’il n’y a plus qu’à faire sauter.
Être contre la PMA, c’est donc aussi être contre un modèle où les gens vivent sans réfléchir à l’avance à leurs désirs et aux actes qui vont avec.

A cela s’ajoutent souvent des arguments sur le développement de l’enfant, qui aurait besoin d’un modèle des deux genres. C’est d’ailleurs les seuls que la Manif pour tous arrive à correctement communiquer. Moi, je resterai prudent dessus aujourd’hui, parce que je n’ai pas fait d’études sur le développement des enfants.
De toutes façons, cet argument repose aussi sur le fait qu’une femme ne peut pas avoir un genre d’homme et être en pleine possession de ses capacités, prémisse que les progressistes refuseront en bloc parce qu’elle est insultante. Ce n’est donc pas le débat d’aujourd’hui.

Alors la PMA, c’est bien, ou c’est mal ?

Par cet article j’essayais de vous montrer que les deux argumentaires ont comme prémisse les deux modèles classiques droite VS gauche, c’est donc un choix complètement subjectif.
Il n’y a aucun argument qui repose sur des données mesurables expérimentalement.
Donc globalement on peut en discuter longtemps, personne n’aura raison ou tort. Relativiste ? Cette fois, oui, je suis désolé, il n’y a pas d’autre choix.
Seule une étude non biaisée sur le développement de l’enfant pourrait fournir un argument solide en faveur de la PMA pour toutes ou de son interdiction, et on sait tous qu’étant donné les pressions idéologiques, la valeur d’une étude même rigoureuse sur le papier reste très faible.

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